mardi 29 juillet 2008

Mon frère ne peut plus (Mathis)




Sortie du TGV à 22h19 dans la gare lilloise.
Conversation excitée sur une chute de l'immobilier (parisien?) de deux cravatés de banque assurance depuis 20h58, départ de Paris.
Visite par métro suffocant, chaleur et sueur, à mon petit frère. Grâce à une heure indigne de départ du bureau-17h39.


Dans le clair-obscur de l'appartement, 22h32, un petit menton volontaire, des mèches blondes, Célie bosse, Célie oeuvre.
A un projet de jeu vidéo pour son dossier de Master Jeu et Médias Interactifs Numériques : elle a découvert hier cette formation providentielle. Cette formation qui recrute 5 étudiants issus de psychologie pour l'option ergonomie, et... pour laquelle il reste des places pour la rentrée 2008 !
19 août : date butoir pour répondre au sujet demandé, - le projet de jeu-, préparer les pièces complémentaires et renvoyer le tout.
Il reste une, deux, trois places ? Il y aura dix, vingt, cinquante candidatures ? Célie joue sans connaître sa chance et elle le sait. Alors, vaillante, elle a listé les formations auxquelles elle peut encore faire parvenir une épaisse enveloppe avec timbres et lettre vibrante de motivation. Deux semaines intenses l'attendent.

Oh, je devrais la laisser travailler mais, d'une moue émouvante, elle me fait signe qu'elle n'en peut plus... Alors, je me penche et j'épanche : mon désarroi fraternel ; Célie saura, Célie comprendra.




Dans trois ans, mon petit frère Guillaume pourra être chassé pour son diplôme, ses stages dans les boîtes du CAC 40, son anglais. Pour son diplôme. Accessoirement pour son intelligence fine, sa capacité de persuasion, cette empathie qui lui donne toujours une longueur d’avance, tout simplement parce qu’il a su comprendre ses interlocuteurs. Surtout pour son diplôme.
Il a vingt ans, le petit dernier de la famille, quatre ans de moins que moi et six que Natacha. Un an d’avance, une entrée cette année après classes prépa dans la plus fameuse business school de France : est le plus brillant de la couvée. Natacha se place en deuxième position avec son gros beau poste chez BNP Paribas, et moi ensuite, le moins bien côté, école moins bien classée et emploi dans une PME.

Maman m'a dit hier au téléphone que Guillaume n’allait pas. Elle est restée évasive mais…Angoissée.
Je sais qu’il boit trop ; je sais qu'il a été en coma éthylique au moins une fois cette année.
Je ne sais pas ce qui m'attend en sonnant à la porte de son appartement. 18h17

Il a les yeux très rouges, il est mal rasé. L'absurdité et la tristesse mondiale dans le regard. Il ne va pas.

Il a dit à son maître de stage, conseiller financier, que jouer avec l'argent allait lui faire perdre sa fille ; il a dit à un client qu'acheter cette seconde voiture était immoral. Quand le type s'est mis en colère et a demandé son argent, il lui annoncé qu'il venait de le transférer pour la recherche sur la sclérose en plaque. Guillaume avait bu.

Il a démissionné de son stage avant d'être mis à la porte.

Il a utilisé tout l'argent que lui donné Papa pour payer des lunettes à une étudiante en médecine dont les parents sont pauvres, et de l'alcool pour lui.

Il regarde des documentaires sur les maladies.

Il a les yeux très rouges, il est mal rasé. L'absurdité et la tristesse mondiale dans le regard. Je n'ai eu aucune réponse à lui donner.

Je suis trop épuisé pour continuer à écrire ce soir.

dimanche 27 juillet 2008

Planter des chargés d'orientovigilance à la sortie du lycée (Célie)

Géomaticien, bio-informaticien, Data Manager, chargé de pharmo-vigilance, cryptologue, Traffic Manager, Expert en datamining, galéniste.

Je n'avais pas idée de ces métiers avant d'étudier, en surfeuse sérieuse, le vaste domaine de l'orientation. Surfeuse sérieuse, ahurie et triste.

Triste de ne pas avoir eu de prof d'orientation au lycée, donnant un cour obligatoire avec devoirs et exposés à faire sur les métiers et formations inconnues.

Triste de m'être vautrée dans une voie où même en atteignant le bout au bout, le chômage est le lot de la moitié. Tristounette de ne pas avoir eu la sagacité d'utiliser intensivement la Web orientation : toute cette information prédictive qui propose aux jeunes lycéens ce qu'ils pourraient faire de leur vie.

Ahurie de toutes les possibilités.

Je ne connaissais pas non plus : Webmaster Editorial, Concepteur Rédacteur Multimédia, Scénariste multimédia, Designer d'interaction, designer d'information, Ergononome Multimédia, Concepteur E-learning.

Ces postes peuvent être mes possibilités ?

samedi 26 juillet 2008

Présentéisme et Kiloeuros par tête : notre temps est notre vie (Mathis)


Etre un salary man, le cadre type japonais ou même parisien, qui traite des affaires jusqu'à 21 heures, cadre performant et loyal ; son temps, son énergie au service de son entreprise. Carrière TGV Shinkansen ascendante vers des postes rémunérateurs, stratégiques, bandants.

Etre un employé de préfecture, qui rentre tôt, va chercher ses enfants et les aide à faire leurs devoirs, puis participe en soirée avec sa femme aux projets d'une association environnementale.

Le second travaille à peine quarante heures, pour un s
alaire juste correct à un poste à évolution quasi nulle.
Le premier voit à peine ses enfants et sa femme, e
t n'a pas lu un livre depuis dix ans.

Il existe aussi la superwoman, comme la candidate élégante et fébrile que j'ai rencontrée hier :
 trois enf
ants, responsable de comptes clés dans 
un groupe puissant sous pression, elle multiplie les heures pour ses cl
ients  et s'occupe de sa progéniture ; tout en lisant dans le métro. Mais elle divorce : son mari est las de former une équipe et non un couple. Elle a envie du  poste proposé : elle gagnera plus d'une centaine de kiloeuros sur des offres à des centaines de millions. Elle sera sûre que sa tête rapporte.



Et le p'tit junior, le p'tit con qui ne sait pas. Mon temps est ma vie. 


vendredi 25 juillet 2008

Web orientation ou auto accompagnement personnalisé (Célie)



La communauté virtuelle : mon coach polyphonique.
Aux décarrièrés, aux très seuls, aux filles et fils sans papa, la communauté virtuelle peut être la nouvelle solidarité. L'individualiste n'est pas l'homme lambda : je le réalise en étant épaulée, inopinément, par des hommes et des femmes de réseau. 



Une Rémi, comme raillent les gamins ; une fille de la fac sans bande de potes et sans ses vieux,  comme parlent les jeunes. Une Bac + 4 en SHL (sciences humaines et lettres) sans contacts, traduisent les statisticiens.

Entre les cours particuliers que je donne à des pré-adolescents en vacances louchant sur leur Wii en écrivant " ils s'on aller ",  j'ai réfléchi à une réorientation. Formation professionnalisante courte. Dans les métiers du Web. 

NB : Mathis et moi avons le même style, a commenté son frère, badaud de notre blog. 
Depuis deux ans, nous écrivons ensemble le dimanche soir et à nos moments perdus, comme d'autres couples jouent à Super Mario.  L'histoire à bidouiller à deux, c'était avoir les yeux sur le même écran. Comme les couples qui jouent à Super Mario ou commentent les émissions télévisées. L'histoire à bidouiller à deux, c'était se créer une coconnière lovant notre imagination sans RTT artistique.
L'ambition : la terminer. Un jour. Aujourd'hui, nous détenons un brouillon de cent cinquante pages, qui pourra d'ici quelques mois ou dans quelques années être lue par une  tierce personne. Aujourd'hui, nous avons intégré nos tics réciproques, mixé nos écritures et... Mathis et moi avons le même style.


mercredi 23 juillet 2008

LE PROJET PROFESSIONNEL (Partie 2 )


"Cela dépend de ton projet professionnel"... Ils claironnent à l'unisson les bien intentionnés les bien polis, rompus à ce mode à la mode : le projet professionnel.

Projet professionnel, ce package customizé à sortir devant le RH, l'agent ANPE et tous ces merchandisers de people, qui cherchent à mettre joliment les gens dans des postes : moi j'ai pas.

Projet professionnel : il faut toujours en avoir un tout chaud, bien doré. 
Moi, j'ai pas.

Cela s'invente, un bon projet professionnel pile poil, cela ne doit pas être plus complexe qu'un synopsis de comédie guimauve. 
Depuis le début de la semaine, je peux annoncer une honorable productivité : j'ai en tissé à la douzaine.

Depuis le début de la semaine, je me suis dit qu'il ne fallait pas simplement en inventer un pour faire impression.

C'est bientôt la fin de la semaine : j'ai trouvé un ou deux bons projets pour lesquels je me sens l'enthousiasme hyperactif d'un enfant à l'entrée d'une aire de jeux. 
Je ne peux admettre qu'un projet reste projet. J'dois en être la maître d'oeuvre autant que d'ouvrage. 
Etant donné mon état de qualification catastrophique, une réorientation immédiate est requise. 

A côté, Mathis, mon amoureux le chasseur de têtes, travaille en home office ; il essaie de convaincre un cadre commercial qu'avec les deals qu'il aura dans le job qu'il lui propose, il pourra tout à fait d'atteindre ses objectifs quantitatifs et devrait atteindre les 110 Keuros.

mardi 22 juillet 2008

Outsourcing de blog


Mathis me confie son blog car il a dix-huit têtes chassées à mettre sous dossier ; Mathis n'est pas seulement un braconnier : c'est une marieuse,  il doit satisfaire aux exigences de la société cliente tout comme aux caprices du prétendant qui veut pour dot la dernière BMW. Mathis note les modèles de voiture dans sa base et demande aux chassés s'ils possèdent les huit ans d'expérience en vente de services web pour les grosses sociétés d'assurance exigées. Mathis ne dit pas ce qu'il pense, mais que tel client n'offre que des Nissan et que trois ans d'experience dans la vente de services web pour des banques, cela n'ira pas.

L'écriture bloggeuse, ce journal intime mis à poil sur la toile, ce journal public à prétention gidienne et qui devient un album photo avec légendes en langage sms, j'en étais  plutôt la contemptrice, alors que je suis  internautomane.
Aussi je n'ai jamais crée mon blog, aussi quand Mathis a décidé de disserter sur mon cas dans son tout nouveau blog de tout nouveau jeune cadre, je me suis retenue de le pirater.

Puis, cela m'a amusé et comme les RH ou les boss des boites pour lesquelles j'ai postulées ne me répondent pas, je doute qu' ils aillent lire ce blog...
Et j' accepte d'y écrire. 

Célie

dimanche 20 juillet 2008

LE PROJET PROFESSIONNEL (Partie 1 par Celie)



Ni plongée ni contre-plongée sur ses  études ; on les commence "en attendant". Ni plongée ni contre-plongée sur son parcours : on continue la fac parce qu'on la commencée.

Je ne suis pas un petit mouton tout cool, tout révolté, tout plaintif, tout manifestant. 
Je ne crois que c'est la faute du gouvernement, des patrons, des parents si comme une conne, je suis allée en psycho et j'y suis restée quatre ans.

Je n'avais pas de projet professionnel ; j'avais un rêve. (dans le monde du cinéma, comme tant de jeunes oies, mais j'voulais être une scénariste )

Honnêtement, bien en gros plan,  je n'ai toujours pas de projet pro et, le rêve, le rêve, eh bien je n'arrive pas à le mettre dans la catégorie "délires de jeunesse." 

J'ai vingt-deux ans et je suis prête à de nombreux  scénarii pour qu'une entreprise me propose un bout d'essai...

samedi 19 juillet 2008

Quel est l'emploi (ou les emplois) que vous cherchez ? Ce que vous avez, M'dame !


C'est la première question du questionnaire de préparation de l'entretien à l'ANPE ; Célie ne sait pas. Plus exactement, elle sait que les emplois qu'elle cherche ne lui sont pas accessibles.

En 3 semaines, elle a répondu à assez d'offres pour avoir vérifié qu'elle n'est pas un bon produit.
Sur le marché, elle n'a plus qu'à se mettre en promo.

Elle cherche un emploi de : conseillère sociale, chargée de recherche, animatrice socio-culturelle, assistante en recrutement, assistante en communication interne, conseillère pédagogique pour cours à domicile,  chargée d'ét
udes statistiques , aide médi-psychologique, animatrice scolaire, ludothécaire, coordinatrice pour ateliers de réinsertion...

Parce qu'elle correspond aux critères.

mardi 15 juillet 2008

réseauter ou se foutre de la gueule du monde



Plus de 2 semaines ont passé depuis mon dernier post, 2 semaines à une grosse cinquantaine d'heures :  d'une mission le premier jour, j'en gère maintenant cinq. 
Si je n'avais pas à faire l'aller-retour Lille-Paris tous les jours, en attendant un déménagement sur la capitale, j'aurais sans doute travaillé dix heures de plus.

Les candidats sont des dossiers classés en catégorie 1 ou 2 selon leur conformité au profil recquis ; les candidats sont des Kiloeuros par an ; les candidats sont des employés issus d'une bonne caste académique professionnelle :  pour les clients des groupes américains, la  varna supérieure est la grosse société concurrente d'envergure internationale (traduire : principalement américaine) , pour les clients des entreprises françaises, la varna supérieure, est le diplômé des grandes écoles les mieux classées ou de l'école qu'ils ont fait eux- même.

Les candidats sont des ressortissants de réseaux, des anciens, des référencés, des recommandés,  cooptés.

Elle a découvert, très rapidement, Célie, qu'elle n'avait même pas de contacts, qu'elle n'avait jamais réseauter. Je me souviens de notre soirée Viadéo au début du mois, l'un et l'autre à créer son profil : moi, pour mieux chasser, elle pour être trouvée.

mercredi 2 juillet 2008

En cours de statistique, les étudiants en psychologie devraient apprendre leur taux de chômage à la sortie


Elle a passé les sites d'emploi,  les job board, au filtrage intensif, à coup de mots clés, élargissant, élargissant sa recherche jusqu'à tomber sur des postes qui n'avaient plus un dénominateur commun avec ses possibilités " Contrôleur senior de l'offre bancaire N pour enfants de clients " Elle avait tapé " enfants." 

Célie a confirmé mes pronostics silencieux : les quelques offres demandant des diplômés en psychologie, les veulent vraiment psychologues ( bac +5) spécialisés du travail, et avec de l'expérience. Pour des postes en CDD payés un tiers de mon salaire.