dimanche 31 août 2008

Un jeune qui sait s'orienter en vaut deux ( Célie)



Quand je n'étudie pas, je vais chez le frère de Mathis, Guillaume.

Guillaume a abandonné avant la deuxième année la première école de commerce d'Europe (classement du Financial Times) où 55% des étudiants ont signe leur CDI avant la fin de leurs études et 2% seulement cherchent encore un emploi six mois après la sortie, où le premier salaire est à 55 Kiloeuros.

Bien orienté, le garçon pourtant. Il roulait vers la voie PDGesque quand je me trainais sur le chemin du RSA. Il a un an de moins que moi mais allait valoir trois fois ma personne.

Il est ingrat. Me direz-vous : c'est de famille. Il veut du SENS. C'est ce que j'ai retenu de ses explications désespérées, parfois rendues nébuleuses par l'alcool.
Du sens. Mais Guillaume, il y en a partout et nulle part, du sens. Pas de sens à la banque, à la finance, à l'assurance, au marketing, à l'audit, a-t-il maugréé. C'est pourtant ce qui gouverne le monde et en change la situation, ai-je rétorqué. Pas de réponse

Alors nous avons listé les activités avec le critère introuvable chez l'ONISEP ou l'Etudiant, celui du "sens selon Guillaume". ( répétons-le, selon Guillaume, je ne partage pas son point de vue.)
- Medecins en tout genre
- Chercheurs en sciences et technologies.
-Instituteurs
- Alimentaire ( ceux qui fabriquent ou cultivent des produits sains)
- Parents au foyer
- Fabricants d'high tech
- Constructeurs de maison
- Métiers de l'environnement
- Energie
- Gouvernement
- Police, Pompiers..

Mets-tu les métiers de l'humanitaire ? Non, je n'y crois pas beaucoup
Les artistes, les sportifs, les politiques ? Ce ne sont pas des vrais métiers.
Bon là dedans, que pourrais-tu faire ?
Pas médecin, après deux ans de classe prépa, c'est assez.
Les métiers de l'environnement ? Faut être ingenieur. Et alors, tu as bien fait une prépa ? Pas la bonne, j'ai fait une prépa commerciale scientifique... Pas scientifique.
Ah... C'est pareil pour les secteurs de l'énergie et du batiment, je suppose... Oui.
Et être instit' Déclassement. Mal payé, peu éliste, mes parent vont détester.
Idem pour pompier, police...

Je ne peux pas rester, je dois travailler, on continuera demain Guillaume. Réfléchis de ton côté.. Et... Et ? Non rien. Je n'ose pas lui dire de ne pas se faire son binge drinking en solitaire ce soir.

photos : http://www.freefoto.com


mercredi 27 août 2008

Content de se lever pour aller travailler le matin


Mathis n'aime pas son boulot, il est un sale ingrat. Il a un boulot. De cadre. A temps plein. Bien payé pour un jeun diplômé. Où il rencontre des individus puissants. 
Mathis veut un boulot où il ne travaille pas qu'avec des préjugés. Il ne veut plus avoir de RH autistes ou de managers versatiles pour clients ; il ne veut plus avoir de commerciaux arrogants qui carburent au fric pour candidats ; il  ne veut plus avoir de collègues mesquins et de boss docile.
Mathis n'aime pas son boulot, parce qu'il est un homme pourri d'éthique. Il voudrait recruter les femmes de cinquante ans sans emploi, les jeunes sans expérience. Du bas profil. Il est fatigué des trentenaires au CV modèle eux même fatigués des chasseurs. 

La question toute contemporaine : doit-on aimer son boulot ? Toute contemporaine et toute occidentale : les Chinois qui travaillent dix heures par jour ne doivent pas s'interroger, les Indiens, les Africains pas plus. Manger,  avoir un frigo, avoir un fils. 

Mathis aime son boulot. Quand il a eu un entretien avec un candidat passionnant et passionné qui correspond pile au poste, qui est mélomane, parle l'hindi et vient de lire La vie, mode d'emploi, de Perec.
Mathis aime son boulot. Quand il est remercié par un candidat de l'avoir conseillé pour l'entretien qui lui a été favorable, quand son client lui propose une nouvelle mission, content de ses services, quand il a son salaire qui augmente par ses résultats. 

Cela ne lui suffit pour être content d'aller travailler le matin.

Il va peut-être chercher autre chose, peut-être attendre un peu. Il retrouvera un emploi facilement, mon diplômé de grande école. Mon spécimen de la génération Y, versatile et exigeant.

Je retourne à mes préparations pour les épreuves d'entrée à l'école nationale des jeux numériques. Et, je sais, moi, que la peur du chômage continuera à  me tirailler longtemps le ventre, bien avant que ne vienne l'ingratitude.


samedi 23 août 2008

Ile-de-France ou province, l'emploi ou l'environnement


Déménagement sur Paris : nous n'avons pas eu accès à Internet pendant trois semaines. Vous avez du penser que nous étions en vacances et, vous y étiez vous même, en cette période estivale. Nous avons fait et défait nos cartons pendant que la France faisait et défaisait ses valises...

Papa connaissait des gens : dès que j'ai été embauché,  il nous a trouvé un mini-appartement intra-muros, au loyer exorbitant mais.... C'est Paris. Préavis d'un mois pour changement de situation et c'est parti, Célie et moi quittons Lille la familière pour la métropole aux métro, dédales sales, la métropole aux métropolitains parqués dans les rames, dans les chambres, dans la ville où en sortir est un long embouteillage. Mais.. c'est Paris. C'est du travail. Dans un périmètre de deux heures maximum de Châtelet en transport en commun, vous avez presque un tiers des annonces d'emploi de France.

Célie prépare les épreuves qu'elle passe début septembre pour entrer à l'école Nationale du Jeu et des Médias Interactifs : elle est pâle comme quelqu'un qui n'est pas sortie de l'été, elle est déterminée, elle a peur. Mon frère Guillaume, ah mon frère Guillaume, il gagne des concours de quantité d'alcool accumulée ; alors qu'il a gagné l'entrée à la meilleure business school de France. Je ne sais pas ce qu'il va faire à l'entrée, il n'a pas validé de stage.

Et moi... Je, je n'ose pas avouer que mon travail me mine, que je suis horrifié à l'idée d'exercer ce poste pendant au moins deux ans..

lundi 4 août 2008

La crise d'orientation


Mathis est allé voir son frère il y a une semaine et a appris que celui-ci,  en stage dans une banque dans le cadre de son cursus ,-la première école de commerce de France-, a tout abandonné dans des circonstances inquiétantes. (voir post précédent)

Une crise d'orientation. Ce n'est pas une étape ou une pathologie répertoriée. On parle de crise de nerfs, d'angoisse, de spasmophilie ; de crise d'adolescence ou de crise de la quarantaine...

Crise d'orientation, quel autre nom donner au mal dont le petit frère de Mathis est atteint ?
Il réalise avoir suivi une voie tracée aux pointillés par son entourage qui paie les péages sans avoir pensé que la destination finale ne lui convenait pas.


Crise d'orientation :  ce mal que je n'ai pas eu de façon aiguë et qu'aujourd'hui j'ai vécu trop tard. J'ai réalisé ne suivre aucune voie, que mon entourage m'a laissé libre de prendre tout chemin, pourvu qu'il soit gratuit, sans vérifier que le mien  se terminait en éboulis de pierres.


Je suis venue passer l'après-midi avec Guillaume. Il a fait des efforts pour m'accueillir convenablement : m'offrir un café et me demander si le trajet a été supportable .
D'après Mathis, son petit frère m'aime bien parce que je ne suis pas prétentieuse. 
J'évoque mon été chaotique, période de recherche orientante, de carriérologie, de course aux dates limites de candidature. Il se confie, s'inquiète : "tu n'écriras pas tout ceci sur votre blog?" Je le rassure : ses parents n'ont pas l'adresse et très peu de proches lisent tous nos posts.

Il me dit : "Ma mère est déçue ; mon père a commencé par être en  colère puis fait des propositions optimistes :  tu peux retrouver un autre stage dès maintenant, envoyer des lettres d'excuse, aller  souvent au cinéma ou faire du sport avec une amie. Tu peux profiter de notre maison en Bretagne et y emmener des camarades. En s'arrangeant avec le nouveau boss du stage que tu vas dégoter, tu pourras finir plus tôt le vendredi.

Dans l'après-midi, Guillaume reçoit un mail maternel : une liste d'offres de stages correspondant à son profil. Sa mère a déplacé le curseur vers le secteur des assurances : assistant chargé de portefeuille, stagiaire marketing et veille en société d'assurances, chargé de relations clients...

Il ne les lit pas ; il répond "un bien reçu, A+ Maman"

"Elle a au moins compris que je ne souhaitais pas faire carrière dans la banque", fait-il tristement.